Le Code du travail est clair : l’article L3133-4 prévoit que le 1er mai est un jour férié obligatoirement chômé pour l’ensemble des salariés. Seuls certains secteurs, dont l’activité ne peut être interrompue, peuvent y déroger, avec une rémunération doublée prévue par la loi. Pour la majorité des commerces et des activités, la règle est simple : fermeture.
Ce cadre n’est pas neutre. Il signifie qu’une partie des salariés ne peut pas travailler ce jour-là, même si certains auraient souhaité le faire, notamment dans un contexte où chaque revenu supplémentaire peut compter. Dans le même temps, cette journée représente aussi une absence d’activité économique et de recettes associées.
Cette réalité s’inscrit dans un contexte plus large. Le coût de la vie progresse, tiré notamment par les prix de l’énergie et du carburant, et le pouvoir d’achat reste sous tension pour une partie importante de la population. Dans ce cadre, la question du travail et de la rémunération ne relève pas d’un débat abstrait, mais d’un équilibre concret pour de nombreux ménages.
Parallèlement, les autres jours fériés répondent à une logique différente. Le 8 mai 1945 et le 11 novembre 1918, qui commémorent la fin des deux conflits mondiaux, ne sont pas soumis à une obligation générale de fermeture. Dans la pratique, une grande partie des activités économiques se poursuit, et aucune majoration de salaire n’est systématiquement garantie en dehors des accords spécifiques.
Or ces dates portent une charge mémorielle majeure. Elles rappellent des événements qui ont profondément marqué l’histoire nationale : des millions de morts, des combats, des résistances, et, au-delà, les conditions mêmes dans lesquelles notre société a pu se maintenir et se reconstruire.
Cette situation révèle une forme de dissymétrie. D’un côté, un jour férié bénéficiant d’une protection juridique forte au nom de son histoire sociale. De l’autre, des journées de mémoire nationale laissées à l’appréciation de l’organisation économique et des pratiques professionnelles.
Il ne s’agit pas de remettre en cause la place du 1er mai, qui constitue une conquête sociale importante et légitime. Mais cette comparaison conduit à s’interroger sur la manière dont notre droit du travail hiérarchise, de fait, les différentes dimensions de notre histoire collective.
Faut-il considérer que la mémoire nationale relève uniquement de l’engagement individuel, quand la reconnaissance sociale, elle, fait l’objet d’un encadrement juridique contraignant ? Ou bien cette distinction mérite-t-elle d’être réexaminée au regard de ce qu’elle dit de nos priorités collectives ?
Au fond, l’organisation des jours fériés n’est jamais anodine. Elle traduit des choix implicites, à la fois économiques, sociaux et symboliques. Les questionner, ce n’est pas fragiliser un équilibre, c’est chercher à en comprendre la cohérence.
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