- rencontre du 28 Aout 2026 Lyon
À l’école de police nationale de Chassieu, le 28 août, Vincent Boca est venu simplement. Pas d’allocution majeure, pas de revendication pour le délégué syndical zonal Sud-Est du Syndicat indépendant des agents du ministère de l’intérieur (SNIPAT). Juste une présence tranquille aux côtés d’Alliance police nationale, comme le syndicat le fait régulièrement lors des sorties de promotion. Mais cette 158e sortie des policiers adjoints porte une signification particulière pour ce Lorrain de Longwy qui vient à peine de prendre ses fonctions de délégué de la Loire en février 2025.
Le SNIPAT, syndicat le plus ancien du ministère de l’Intérieur, ne se limite pas au périmètre policier. Il représente les personnels administratifs, techniques et spécialisés ainsi que les ouvriers d’État dans l’ensemble des directions : préfectures, SGAMI, police nationale et gendarmerie nationale, avec une représentation particulièrement forte parmi les personnels de la police technique et scientifique. Vincent Boca, lui, est affecté en police, au commissariat de Roanne, où il bénéficie d’une décharge d’activité de service pour l’exercice de son mandat syndical sur l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
À 54 ans, Vincent Boca représente une lignée. Son grand-père était inspecteur de police aux Renseignements généraux, à l’époque où ce service transitait par la Police aux Frontières. Son grand-oncle, brigadier-chef à Lyon. Deux cousins ont occupé des postes dans les services. Un, malheureusement décédé, était affecté aux Renseignements généraux de Thionville, tandis que l’autre est directeur de la maison de police à Versailles. On n’invente pas cet héritage-là. Vincent le porte sans emphase, comme on porte un nom de famille. Longwy et Saint-Étienne, ce sont deux territoires d’industrie lourde qui ne s’oublient pas. C’est cet attachement à la sidérurgie, à ces régions qui se recréent après l’effondrement des hauts fourneaux, qui résonne chez lui.
Après un bref passage à la préfecture de Versaille à la direction de la migration, c’est en septembre 2022 qu’il il adhère au SNIPAT après avoir intégré l’état-major de la DIPN de Haute-Garonne. Ce qui déclenche l’engagement, ce ne sont pas les statuts ou les procédures, mais une rencontre avec Véronique Cathala-Amirault, secrétaire nationale adjointe du syndicat en charge des personnels administratifs. « Elle m’a apporté une vision humaine du syndicalisme », confie Vincent. Pas de bureaucratie. De la bienveillance. L’idée simple qu’il y a souvent une souffrance derrière chaque agent.
Cette philosophie, il la teste en vrai. À Paris, à la Division nationale de contrôle des transports internationaux (DNCTI), où il officie comme enquêteur en fraude documentaire et garde-frontière en service opérationnel, il devient délégué de site. Il y est reçu par son chef de service, Christophe Gradel, commissaire divisionnaire, à plusieurs reprises dans le cadre du dialogue social et qui connaît déjà bien le SNIPAT. Celui-ci lui répète volontiers qu’il fera un très bon syndicaliste, quoique parfois un peu maladroit. Sur le terrain, Vincent porte un dossier de fond : la doctrine d’emploi des gardes-frontières, rédigée par le directeur de la Police aux Frontières en juin 2023, mais restée inappliquée en partie, pour des raisons organisationnelles ou par la nouveauté de cette fonction ouverte aux personnels administratifs en service opérationnel. Il apprend vite qu’il faut savoir composer avec les réalités, défendre le collectif sans se perdre dans les conflits personnels.
La vie parisienne le rattrape. Le logement reste un problème persistant, pas seulement pour les collègues affectés Gare du Nord, mais pour l’ensemble des effectifs de la Police nationale en résidence, c’est à dire postés dans un commissariat. Les difficultés sont multiples : hébergements provisoires, distances importantes entre le domicile et le lieu de travail. « C’est un souci majeur, pas juste une commodité », dit Vincent, sans pathétique. Puis en novembre 2024, il demande son affectation en province dans la Loire. Roanne lui convient.
Il avait déjà croisé Xavier Depecker, secrétaire zonal par intérim de la zone sud-est, à Paris. Quelques mois plus tard, en février 2025, celui-ci lui propose le mandat de délégué de la Loire. Vincent arrive en phase de découverte. Il rencontre Yves Cellier, directeur de la DIPN, et Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture. Roanne, éloigné de Saint-Étienne, complique sa présence sur le terrain. Il représente avant tout la maison mère, aux côtés de Georges Knecht, secrétaire général du SNIPAT.
À Chassieu, le 28 août, un moment particulier retient son attention. Le major de la promotion s’appelle Florian. Stéphanois d’origine, il a sollicité son affectation à la DIPN de Saint-Étienne. Il est aussi, par sa famille, originaire de Toulouse, une ville à laquelle Vincent porte lui-même un attachement particulier. Vincent l’aborde directement. « Je lui ai rappelé l’importance de son intégration, que policier adjoint est une possibilité d’évolution grâce à la passerelle du concours. Qu’il serait encadré par des professionnels. Mais aussi qu’il a déjà les compétences pour passer le concours, ce qu’il a d’ailleurs déjà initié, et que le chemin est tracé pour devenir un excellent officier. »
Ce n’est pas du tutorat démonstratif. C’est une conversation entre un délégué et un jeune qui arrive dans la maison. Vincent le sait : ces adjoints vont travailler au quotidien avec des PATS, du personnel administratif, technique et spécialisé, pas uniquement avec des policiers en uniforme.
Depuis neuf mois qu’il est délégué de la Loire, ce n’est pas sa première présence en école. D’autres sorties de promotion, d’autres sorties de gardiens de la paix l’ont déjà vu présent. Alliance et lui marchent ensemble sur ces terrains. Les organisations syndicales sont régulièrement invitées à l’ENP de Chassieu ; c’est devenu une routine institutionnelle utile, une façon de rappeler aux jeunes qui sortent qu’il y a un collectif derrière l’uniforme.

Quel syndicaliste est Vincent Boca ? « Je suis de grande simplicité. J’aime aller vers les gens, échanger quelques mots. Les échanges se font sans être forcés. Que ce soit avec les personnels PATS, actifs de la police nationale, les officiers, les commissaires, l’état major de la gendarmerie du RGARA, le secrétaire général adjoint du SGAMI, le corps préfectoral, nous avons tous un engagement commun : le régalien. Et c’est toujours un plaisir de rencontrer des personnes de talent, exigeantes, impliquées. »
C’est une définition du syndicalisme qui tourne le dos au cynisme. Pas de ressentiment, pas de combat permanent affiché. Juste l’idée qu’un délégué rend visite, écoute, remonte les problèmes du terrain sans dramatiser mais sans lâcher non plus.
« La boucle est bouclée après un parcours diversifié », confie Vincent. Préfecturen, police au frontières, transports internationaux, fraude documentaires, frontières : il a exploré les marges de la maison police. Mais ce qu’il cherchait, c’était le cœur. « Je me sens le plus proche de la maison police. C’est une grande et belle famille. »
Les élections professionnelles de décembre 2026 approchent. Il devrait être présent sur la liste commune avec le syndicat Alliance police nationale pour la Loire. Le SNIPAT compte 75 ans d’existence, six secrétaires généraux depuis sa création, des protocoles de 2022 qui restent à concrétiser pleinement, portés par la diversification des personnels du ministère. Vincent Boca, délégué de la Loire depuis février 2025, poursuit sa mission avec la même méthode : rester simple, fidèle, proche des gens. Depuis, il a été nommé fin mai 2025 délégué zonal pour la zone sud-est, une fonction qui vient renforcer son engagement syndical au sein du ministère de l’Intérieur.
Article à retrouver en intégral en ligne via Minformer.com
À lire aussi

Défiance vis-à-vis de l’autorité et des institutions : jusqu’où ?

11 novembre : se souvenir pour ne plus se diviser
![[Édito] Fonction publique : la continuité de service ne peut pas être l’alibi du mal-être](https://vincentboca.fr/wp-content/uploads/2026/05/fonction-publique-la-continuite-de-service-ne-peut-pas-etre-lalibi-du-mal-etre-300x200.png)
Fonction publique : la continuité de service ne peut pas être l’alibi du mal-être

SNIPAT, l’histoire d’un syndicat pas comme les autres

Refus d’obtempérer : une bombe à retardement sur nos routes
